| Comestible adj.
(du latin comestus mangé) qui peut servir de
nourriture à l’homme. n.m (surtout au pl) Produit
alimentaire.
Chien, chienne n. (lat.canis). Animal. Mammifère
domestique, doté d’un excellent odorat et d’une
course rapide, dont il existe plus de 340 races plus ou moins liées à une
fonction spécifique : chasse, garde, agrément, trait.
(Définitions extraites
du Petit Larousse illustré – édition 2000.)
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PARIS - SEOUL - HANOÏ -. Si notre alimentation en dit long sur notre
appartenance à un
groupe, c’est aussi à une société que l’alimentation
nous identifie fortement. Nous en prenons conscience dès que
nous sortons de nos frontières et sommes confrontés à d’autres
nourritures.
Les plaisirs alimentaires, comme les dégoûts, s’ancrent
dans un cadre culturel pour la vie. Nous, européens, sommes
dégoûtés à l’idée de manger
du chien. Nous adorons les escargots, les huîtres les cuisses
de grenouille ou encore nous mangeons du cheval, idées répugnantes
pour nos voisins anglo-saxons, mais nous sommes dégoûtés à l’idée
de manger du chien, plat cuisiné de façon savante et
très apprécié, entres autres, par les Coréens
et les Vietnamiens …
Récemment en mai-juin 2002, lors de la coupe du monde de football
co-organisée par la Corée du Sud et le Japon, le gouvernement
a fait interdire le projet visant à vendre du jus de chien aux
supporters des équipes de football à l’entrée
des stades. La Corée du sud avait été sévèrement
critiquée pour sa consommation de viande de chien par la Fédération
internationale de football (FIFA). Les restaurants spécialisés
du pays avaient donc été fermés pendant la compétition.
Dans l'histoire de la Corée manger du chien était une
pratique assez exceptionnelle, mais devint plus répandue durant
la guerre de 1950 qui opposait le nord au sud, car cette pratique était
essentiellement liée aux problèmes de survie de la population.
Dans le nord, les chiens représentaient la source de protéines
la moins chère. Les gens n'avaient rien pour les nourrir, aussi
ils leur laissaient faire les poubelles et les ramassaient ensuite.
En 1984, consécutivement aux pressions internationales avant
les Jeux Olympiques de Séoul, le Ministre de la santé avait
fini par faire interdire la viande de chien. En 1991, de nouveau suite à des
protestations internationales, le gouvernement coréen a voté une
loi destinée à protéger tous les animaux contre
toutes les maltraitances et formes de cruauté.
Au nord du Vietnam, où la législation ne protège
guère les animaux, la question ne souffre aucun débat.
Cette polémique en période de coupe du monde sur la consommation
de viande de chien n'a pas ému les Vietnamiens, lesquels sont
de plus en plus nombreux à apprécier et à vouloir
préserver ce met qu'ils considèrent comme une tradition
culturelle millénaire. "Qui n'a pas goûté le
boudin de chien dans ce monde ne pourra connaître ce plaisir
dans l'autre monde" affirme un dicton populaire. La consommation
est donc en croissance régulière, tout comme le nombre
des établissements spécialisés.
M. Tran Muc, propriétaire à Hanoï de l'un des établissements
d’un quartier surnommé le "foyer de l'industrie du
chien", affirme : "mes clients apprécient particulièrement
le boudin et le hachis frit que nous n'arrivons souvent pas à préparer
en quantité suffisante. Chaque jour nous vendons une centaine
de chiens préparés en sept plats différents, servis
accompagnés de "mam tom" (sauce de crevettes épicée),
de divers légumes et condiments tels que citronnelle, feuilles
de goyavier, de gallettes de riz soufflées et de nouilles. Ce
repas, apprécié pour ses qualités toniques dues à la
forte teneur en protéines de viande canine, se déguste
en groupe, en famille ou entre amis et collègues et il est arrosé d'alcool
de riz ou de bière. Avant, mes clients étaient presque
uniquement des hommes, mais nous accueillons de plus en plus de femmes
qui viennent avec leur famille ou leurs collègues", note
ainsi M. Muc. Son restaurant peut recevoir 400 convives à la
fois. "Beaucoup de clients doivent pourtant patienter un long
moment en attendant qu'une place se libère…". Il
confie également réaliser un chiffre d'affaires de "plusieurs
milliers de dollars par jour" grâce à son commerce.
Mais pour autant, le prix de la viande de chien reste modeste. Un repas
entre amis ne coûte à chaque convive que 20.000 à 30.000
dongs (2 dollars environ) ce qui est une somme abordable pour les maigres
salaires de la plupart des Vietnamiens.
Au sud, on pense que la prospérité de cette région
et son attachement au bouddhisme permettra que le chien ne devienne
jamais aussi populaire que dans le nord. "Les chiens sont des
amis de l'homme".
Ce qui est aliment ici ne l’est pas ailleurs, ce qui est comestible
pour les uns ne l’est pas pour les autres …En plus des
croyances et prescriptions religieuses, l’aliment est un facteur
d’une identité culturelle aussi inconsciemment acquise
que profondément ancrée.
PS : Aujourd'hui, un chasseur de chiens, fournisseur de boucheries
spécialisées, gagne environ 50 dollars par mois, soit
l'équivalent du salaire d'un ouvrier. Ces chiens, vietnamiens
et occidentaux, sont volés puis vendus. Seules exceptions :
les caniches et les pékinois (qui n'ont pas de goût),
les races de luxe, les très petits ou les très gros chiens
qui sont soit revendus à leur propriétaire, soit cédés à de
nouveaux maîtres. Les restaurants font majoritairement appel à ces
voleurs de rue, même si certains propriétaires d’établissement
précisent que leurs viandes viennent d'élevage. Leur
carte propose une dizaine de plats: chien à la vapeur, hâché ou
séché, friture d'intestin, côtes grillées,
jarret sauté, chien au curry et la très onéreuse
soupe de chien aux pousses de bambou…
| Prix Trafik 2003 - |
Remerciements à Rick Gadella
et Valérie Belin. |
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